Spatial : Comat et Satlantis France s’allient pour industrialiser l’imagerie très haute résolution
Partenariat. Au cœur d’un secteur spatial redevenu stratégique, la Ville rose s’impose une nouvelle fois comme un maillon clé de la souveraineté technologique française, avec l’alliance entre le néo-aquitain Satlantis France et le toulousain Comat pour industrialiser la prochaine génération de caméras d’observation de la Terre.
Le néo-aquitain Satlantis France et le toulousain Comat annoncent la signature d’un partenariat stratégique en vue d’accélérer le développement et l’industrialisation d’une nouvelle génération de caméras d’observation de la Terre à très haute résolution, confortant ainsi la place de l’écosystème local au sein de la filière spatiale nationale sur fond de montée en puissance technologique. Dans le cadre de cette alliance, Comat apporte son savoir-faire industriel pour la production et l’intégration des caméras développées par Satlantis.
Signé le 22 janvier 2026, l’accord vise en effet à faire émerger des caméras optiques intégrant une technologie encore inédite à ce niveau de performance : la polarimétrie multispectrale à haute résolution. Une capacité décrite comme permettant de « voir l’invisible », aux applications stratégiques évidentes, de la défense (décamouflage) à la surveillance environnementale, en passant par la sécurité spatiale.
Répondre aux enjeux géopolitiques de défense et de souveraineté
Dans un contexte international marqué par le retour des conflits de haute intensité et par la multiplication des menaces orbitales, la maîtrise de l’information spatiale devient de fait un enjeu de souveraineté. L’alliance entre Satlantis France, spécialiste des instruments optiques avancés, et Comat, acteur industriel de référence dans le domaine de la mécanique et de l’électronique pour le spatial, s’inscrit clairement dans cette logique. Elle vise non seulement l’innovation, mais surtout l’industrialisation, maillon critique de la compétitivité européenne face aux grandes puissances spatiales.
Experte dans son domaine, l’entreprise des Pyrénées-Atlantiques, créée en 2023, est la filiale hexagonale du groupe espagnol Satlantis basé à Bilbao (26,3 M€ de chiffre d’affaires en 2024 pour un effectif de 200 personnes dont huit en France), un des leaders européens dans le domaine des technologies spatiales, spécialisée dans l’observation de la Terre et l’exploration de l’Univers. Ce dernier a récemment développé une nouvelle génération d’imageurs optiques haute et très haute résolution pour satellites d’observation de la Terre dotés de capacités vidéo.
Une innovation de rupture puisqu’ils sont beaucoup plus précis et moins coûteux tout en étant plus légers que la concurrence. Des technologies déjà utilisées sur plusieurs missions en orbite. Sa filiale française concentre les compétences du groupe en matière de de polarimétrie et de traitement d’image, son ambition étant de créer une capacité française complète en conception et calibration d’instruments optiques avancés.
Au service de la structuration industrielle de la filière spatiale française
Pour sa part, Comat (15 M€ de CA en 2025 et 125 collaborateurs) est un équipementier reconnu dans le secteur spatial. Basée à Flourens, à l’est de Toulouse, la PME a fourni depuis 1977 de nombreux instruments et équipements de vol notamment pour la station Mir puis l’ISS. En 2014, la filiale du groupe toulousain Agora Industries fondé par Benoît Moulas, a pris le virage du New Space, misant fortement sur la R&D pour développer de nouveaux équipements de rupture.
Parmi ses nombreux savoir-faire, l’entreprise a fabriqué la partie mécanique de l’instrument Supercam du robot martien Perseverance. Elle a aussi fait l’assemblage, l’intégration et le support aux tests sur le télescope Euclid destiné à cartographier une partie de l’Univers. Autre exemple de son expertise, Comat développe et assemble pour Kinéis des antennes déployables, permettant à ses nanosatellites d’assurer leur mission de communication IoT.
Pour la filière spatiale toulousaine, cet accord a une portée très concrète. Si Satlantis France conserve son siège et son cœur technologique à Bidart, l’entreprise prévoit de développer progressivement à Toulouse une activité industrielle et commerciale dédiée. Un choix stratégique, dicté par la proximité du Cnes, des grands donneurs d’ordre et d’un tissu dense de sous-traitants.
Une première étape en attendant d’autres collaborations
Comat, de son côté, met à disposition une chaîne industrielle éprouvée, des salles blanches et plus de 45 ans d’expérience dans les équipements spatiaux certifiés pour l’orbite. En accompagnant la montée en maturité industrielle de Satlantis France, l’entreprise toulousaine confirme surtout son rôle structurant. « Cette opération s’inscrit parfaitement dans notre stratégie de soutien à la filière, notamment aux côtés des acteurs émergents français et européens », souligne ainsi son dirigeant Ludovic Daudois dans un communiqué. Et Julien Chouillou, CEO de Satlantis France, d’ajouter :
Cette coopération renforce notre souveraineté technologique et ouvre la voie à une nouvelle génération de capteurs duals, capables d’aider la société à relever ses défis environnementaux et de défense les plus critiques. »
Au-delà du partenariat bilatéral, l’enjeu est collectif. Production d’instruments, réponses conjointes à des projets institutionnels, intégration de technologies Comat dans de futures missions développées par Satlantis France : les perspectives ouvertes par cet accord dessinent une chaîne de valeur plus intégrée et plus souveraine. Pour Toulouse, c’est l’assurance de rester au centre du jeu spatial français, non seulement comme ville de conception, mais aussi comme pôle d’industrialisation des technologies critiques de demain.