Informations régionales économiques et juridiques
141e année

Un nouveau club pour les ETI régionales

Initiative. Le club ETI Occitanie a inauguré sa première soirée le 3 octobre à Toulouse. Cette nouvelle structure entend fédérer les ETI régionales autour de bonnes pratiques et cocontruire des dispositifs avec la Région. Explication avec sa présidente, Catherine Mallet.

Un nouveau club pour les ETI régionales
Catherine Mallet, présidente du Club ETI Occitanie et directrice générale déléguée d’Actia. (Crédit : DR)

Dans quel contexte est né le Club ETI Occitanie ?

« L’entreprise Actia est adhérente au Meti (Mouvement des entreprises de taille intermédiaire), fondé en 1995, lequel émettait l’idée depuis plusieurs années de constituer un maillage régional. Le Club ETI Nouvelle-Aquitaine a d’ailleurs été le 1er à être créé en 2013, qui accompagne plus d’une centaine d’ETI et une vingtaine d’ETI en devenir. Fort de cet exemple, conjugué à un effort gouvernemental qui s’est traduit par le lancement de la 2e phase de la Stratégie Nation ETI en janvier en vue de mieux prendre en compte les enjeux et les spécificités de ces entreprises, le projet de création du Club ETI Occitanie s’est accéléré. J’ai pris l’initiative de fonder le club en région mais l’idée n’était pas de recréer un énième club à Toulouse. J’ai observé les actions déjà menées, à l’image du forum Impulsion ETI, porté par Les Echos et le cabinet d’audit Deloitte, qui réunit les dirigeants autour d’une thématique, afin de m’en inspirer.

Je m’appuie également sur les pratiques des autres clubs auxquels j’adhère comme le Medef ou l’UIMM, mais qui, eux, répondent aux problématiques du plus grand nombre et nous sommes minoritaires. L’enjeu est de partager au sein du nouveau club des problématiques liées à notre taille d’entreprise, sachant que les ETI ont elles-mêmes des structures et des moyens très différents. Pour rappel, une ETI emploie entre 250 et 4999 salariés, et réalise un chiffre d’affaires entre 50 M€ et 1,5 Md€. Franchir le seuil d’ETI entraîne, de fait, le respect de réglementations très lourdes. Or, les ETI sont encore mal reconnues, alors que nombre d’actions sont menées vis-à-vis de grands groupes, de start-up, voire de PME. C’est pour cette raison que fédérer les dirigeants d’ETI, en lien également avec les collectivités locales et les filières régionales devient une nécessité. »

Pour quelles raisons les ETI sont-elle encore sous-représentées en France ? Quel poids ont-elles dans le tissu économique national et régional ?

« Les ETI sont restées hors du champ des politiques publiques jusqu’à la création de la catégorie en 2008. Il reste encore des efforts à faire pour qu’elles jouent un rôle majeur dans la cohésion territoriale. En parallèle, une méconnaissance générale du tissu économique persiste en France. L’environnement est également défavorable depuis trop longtemps pour les ETI qui s’orientent vers les secteurs industriels. En effet, l’industrie représente moins de 10% du PIB national, un seuil bien trop bas. On recense 5300 ETI en France, dont peu de grandes structures, contre 12000 en Allemagne ! Elles représentent 0,2 % du nombre d’entreprises mais emploient près de 25 % des salariés, réalisent 30 % du CA, et 26 % de la valeur ajoutée de l’ensemble des entreprises. À l’échelle régionale, on dénombre 315 ETI qui emploient 156 000 collaborateurs, soit 6% des ETI françaises. 56 % se situent en Haute-Garonne et dans l’Hérault.

De fait, la part des ETI est assez mince en Occitanie, mais le club peut obtenir un fort taux de participation, s’il parvient à prouver son utilité. Pour l’heure, le club compte 25 adhérents notamment toulousains qui emploient plus de 26000 salariés. L’objectif est de réunir une trentaine d’entreprises d’ici la fin de l’année, et d’aller au-delà du bassin toulousain. C’est pour cette raison que nous organisons une autre soirée à Montpellier le 19 octobre dédiée aux dirigeants d’ETI localisées dans la partie sud-est de la région. À l’issue de cet événement, nous espérons accueillir une quinzaine d’adhérents supplémentaires. L’année prochaine, nous tablons sur une cinquantaine d’adhérents au total pour créer une base solide. L’adhésion est de 1000 € pour une ETI, 500 € pour une PME à fort potentiel. »

Quels sont les objectifs de ce nouveau club et quel est son rôle ?

« Le rôle du Club ETI Occitanie est de créer un écosystème favorable, tant aux ETI existantes qu’au développement de PME en ETI, et de le faire rayonner au niveau local. Nos actions se déclineront notamment autour de trois axes : créer le Cercle des Dirigeants qui se retrouveront au sein des ETI en sessions plénières pour échanger sur des sujets stratégiques avec la participation d’un grand témoin, et ce à partir de janvier prochain. Le club a également vocation à contribuer au rayonnement territorial, tout en valorisant les ETI avec l’appui des acteurs locaux du développement économique. Enfin, la création de commissions est centrale. Elles viseront à développer des travaux et à mener des réflexions de fond autour des sujets structurants pour les adhérents, tout en favorisant le partage d’expérience. »


>LIRE AUSSI : Réseau Entreprendre Occitanie poursuit ses ambitions


« Les 20 premiers membres ont déjà fixé les thématiques des cinq premières commissions. Les deux premières dont Talents & RH, qui sera lancée en novembre et Transition écologique & RSE, pr é vue en décembre, seront complétées par les thématiques de l’International, de la Transformation digitale, de la Logistique & Distribution, et par d’autres selon les besoins des membres. C’est à chacune des commissions de définir son rythme selon ses sujets. Je n’ai pas voulu imposer de contraintes. Elles sont accessibles autant aux directeurs des ETI membres qu’aux managers. Le club doit permettre aux N-1 de se rencontrer et de partager également des problématiques liées à leurs métiers, et d’évoquer les enjeux auxquels ils sont confrontés. Jusqu’à maintenant, ils peinaient à s’identifier sur un territoire aussi vaste que l’Occitanie. J’ai aussi à coeur d’organiser deux événements par an, ouverts au public, pour partager les bonnes pratiques et les pistes de réflexions émises au sein des commissions. »

Un des axes est ainsi de coconstruire des dispositifs avec la Région. Pouvez-vous nous en dire plus ?

« Pour l’instant, nous n’en sommes qu’aux balbutiements. Ce partenariat nous permettra d’être un point d’entrée et, quant à nous, nous serons un contact privilégié pour informer et orienter les acteurs sur certains points. La Région a sa propre feuille de route mais, l’idée encore une fois, est de partager. Les commissions peuvent apporter de la matière et des conseils afin d’aider à la mise en place d’outils et d’aides en faveur des ETI. Plus largement, renforcer la capacité d’investissements des ETI figure dans le déploiement de la Stratégie Nation ETI. »

L’emploi constitue-t-il une des principales problématiques que vous rencontrez au quotidien en tant qu’ETI ?

« En effet, le point noir est sans conteste le maintien des compétences au sein de nos structures et le recrutement par rapport à notre taille et à notre visibilité. Les grandes sociétés viennent parfois aussi piocher dans nos effectifs. Nous devons ainsi trouver des solutions pour conserver nos talents en prenant en compte les évolutions sociétales, la valeur du travail qui évolue, etc., et créer des outils complémentaires pour mieux partager les informations. Je pense par exemple au « Pacte pour l’Embauche » dont l’objectif est de lever les freins à l’emploi et d’aider les entreprises et les demandeurs d’emploi.

Je ne suis pas certaine que tous les services des ressources humaines des ETI connaissent ce dispositif. Le partage est donc essentiel. Il faut plancher sur une gestion des carrières, sur d’éventuelles passerelles entre nos entreprises pour des missions ponctuelles… De manière générale, nous empilons toutes les contraintes que les autres groupes d’entreprises connaissent car nous sommes à la croisée des chemins, mais nous avons beaucoup de positif à apporter à nos structures. Quelle est votre feuille de route pour les prochains mois ? D’abord, recruter des permanents, déployer des outils pour le bon fonctionnement du club, préparer la mise en place des commissions et émettre un engagement de confidentialité. »

Jennifer Legeron