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141e année

V 21 Be Cannavore, une idée nouvelle pour mieux manger

Alimentation. Le chanvre est loin d’avoir révélé son potentiel ! Émilie Capel l’a bien compris en créant une entreprise qui met en valeur ce super aliment. Elle a permis à une filière locale, dans le Gers, de se structurer. Zoom sur une petite entreprise qui monte…

Chanvre - Emilie - Gers -
Émilie Capel est à la tête de V 21 Be Cannavore qui développe des produits alimentaires à base de chanvre. (Crédit : DR).

Le parcours d’entrepreneuse d’Émilie Capel n’est pas banal. Fraîchement diplômée en commerce et marketing, elle décide pendant cinq ans de s’offrir des voyages au long cours. Elle part en Nouvelle- Calédonie puis en Australie où elle pratique le woofing. « J’étais accueillie par des familles véganes, c’est à ce moment-là que j’ai découvert de nouvelles façons de s’alimenter. Ces idées sont restées dans un coin de ma tête ». De retour en France en 2016, il était inconcevable pour Émilie Capel de partir travailler sous le mode du « salariat ».


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Seule certitude : elle voulait créer sa boîte mais n’avait pas défini de domaine d’activité. Elle replonge alors dans les études et obtient une licence en marketing digital. « Par hasard, je suis tombée sur un article américain traitant de cannabis qui se mange, en fait, c’était du chanvre… », sourit Émilie Capel. C’est l’élément déclencheur, la jeune femme commence ses recherches et s’aperçoit que la France est le premier producteur européen de graines de chanvre. Elles ne sont toutefois utilisées que pour le bâtiment. « Je voulais produire de l’huile, des graines et des infusions dont les atouts sont indéniables pour la santé », ajoute Émilie Capel.

LE GERS, TERRE FERTILE

Sur sa route, elle croise Bertrand Bortoloni à la tête de Champs Bio du Gers. L’objectif du collectif d’agriculteurs est de valoriser les céréales en circuit court. Il se montre très intéressé par le projet de la néoentrepreneuse. « On a fait un test sur 4ha pour observer la réaction de la plante. On a obtenu un super rendement, des graines d’une qualité exceptionnelle en goût et en nutriments. On a décidé de semer 20 ha au total », se réjouit Émilie Capel. Six agriculteurs de la région de Vic-Fezensac se sont alors lancés dans l’aventure de la culture du chanvre. « C’est grâce à eux, si j’ai découvert le Gers, s’amuse la créatrice. Aujourd’hui, on réfléchit ensemble à la stratégie de développement de l’entreprise. Je les intègre dans mon activité. On veut rapprocher le rural et l’urbain. » Champs Bio est aujourd’hui le fournisseur exclusif de V 21.

UN DÉVELOPPEMENT XXL

V 21 vend en direct aux consommateurs et souhaite s’implanter chez des transformateurs qui utilisent les graines, l’huile ou la plante pour fabriquer des biscuits, des plats préparés… Ses produits sont distribués dans des magasins bio, des concept stores. Un restaurant, le Coup d’Grisou en Moselle, propose une carte à base de graines de chanvre. À Balma, c’est le traiteur Maison Vivante qui utilise les graines de V 21 pour ses crackers. Émilie Capel envisage aussi de travailler avec des laboratoires pour produire des cosmétiques. Elle réfléchit également à des débouchés utili sant la fibre courte dans la fabrication de paillage écologique pour l’isolation.

L’intérêt des professionnels rencontrés par l’entreprise sur le salon Nat Expo à Paris n’a fait que valider ces pistes. Le chanvre a changé la vie de la jeune femme qui a trouvé sa place dans l’incubateur d’entreprises, « les Pépites du Grand Marché », au MIN de Toulouse. Les ventes sur le net ne représentent que 20 % du CA, mais elle veut faire mieux en se structurant et en recrutant. À l’horizon 2024, elle table sur un chiffre d’affaires de 300000 €. Émilie Capel se partage entre Toulouse et Vic-Fezensac, des travaux d’aménagement sont en cours près des champs, « on y installe des machines, les agriculteurs vont gérer la production, je m’occupe du commercial. Je veux pouvoir tout maîtriser, éviter les intermédiaires entre la culture et la distribution ».

Dorisse Pradal