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Loin des clichés, les notaires veulent changer leur image

Interview. Le 21 septembre 2023, c’est Jonathan Roussel, un jeune officier public de 36 ans, qui a été élu à Toulouse (Haute-Garonne) président du Cercle des Jeunes Notaires pour un mandat de deux ans. L’occasion de lui poser quelques questions sur un métier encore trop méconnu du grand public.

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Photo du symbole des notaires
Créé il y a un peu plus de deux ans, pendant le mandat de Christine Dechaumont, alors présidente de la Chambre interdépartementale des notaires de la cour d’appel de Toulouse, le Cercle des Jeunes Notaires a un nouveau président. Jonathan Roussel a en effet été désigné le 21 septembre 2023. Il succède à Carlène Lacan, première présidente du club. (©DR)

Pouvez-vous nous rappeler la raison d’être de ce Cercle des Jeunes Notaires ?

Jonathan Roussel : Le Cercle des Jeunes Notaires a été créé il y a un peu plus de deux ans, pendant le mandat de Christine Dechaumont, alors présidente de la Chambre interdépartementale des notaires de la cour d’appel de Toulouse. L’idée était - et est toujours - de développer et de promouvoir la profession auprès du grand public, notamment des plus jeunes, à travers différentes actions.

Ouvert aux jeunes notaires de moins de 40 ans installés sur le territoire de la Chambre dans les départements de Haute-Garonne, Tarn-et-Garonne, Tarn et Ariège, il compte à ce jour une dizaine de membres volontaires. C’est aussi l’occasion pour nous d’échanger sur le métier, à l’image d’un groupe d’entraide.

Photo de Jonathan Roussel
Jonathan Roussel est le nouveau président du Cercle des Jeunes Notaires. (©Sylvain Gelineau)

Vous venez d’être élu président du Cercle des Jeunes Notaires pour un mandat de deux ans. Quels sont vos projets et vos objectifs ?

Jonathan Roussel : Je suis en poste depuis seulement quinze jours, donc les choses vont se mettre en place petit à petit. Une première réunion s’est tenue durant laquelle nous avons évoqué les projets que nous souhaitions entreprendre dans les semaines et mois à venir.

Nous avons déjà acté notre participation à la Course des Lumières en novembre prochain au profit de la Fondation Toulouse Cancer Santé. Nous avons aussi l’intention de concrétiser un projet qui avait été initié par l’ancien bureau, à savoir développer un partenariat avec une école de commerce basé sur une réciprocité en matière d’échange de compétences car les notaires d’aujourd’hui sont aussi des chefs d’entreprise qui ressentent le besoin d’être formés aux codes du management. En contrepartie, l’idée serait bien sûr de partager notre expertise auprès des étudiants dans les domaines juridiques et fiscaux. Nous allons également intensifier nos relations avec l’Université Toulouse Capitole en participant à leurs portes ouvertes et à d’autres manifestations.

Autre projet, le lancement d’un podcast audio pour parler de la profession, qu’il s’agisse d’anecdotes ou plus largement de tout ce qui touche de près ou de loin au notariat. Enfin, nous réfléchissons à investir dans un bus pour aller à la rencontre des gens dans les villes et villages autour de Toulouse afin de proposer des consultations gratuites. L’objectif là encore étant de faire connaître davantage la réalité de notre métier.

Vous avez 36 ans et déjà plusieurs années d’expérience dans le métier, sans compter vos années de formation. Avez-vous noté une évolution de la profession notariale dans sa pratique ? Je pense notamment à la transformation digitale…

Jonathan Roussel : C’est vrai que depuis quelques années maintenant, le quotidien des notaires a radicalement changé du fait de la digitalisation. Aujourd’hui, la très grande majorité des actes authentiques sont signés par voie électronique. C’est un gain de temps formidable qui offre un confort pour l’officier public mais aussi pour ses clients.

Autre évolution importante, le déploiement accéléré de la visioconférence. Pour la planète c’est très bien mais j’émets quelques réserves sur sa généralisation. Lorsqu’il y a peu de distance entre deux études, je trouve ça plus sympathique et surtout plus efficace de se voir en face-à-face. Autre progrès important, l’arrivée de l’intelligence artificielle dans la gestion et le partage des dossiers entre les études. Donc oui, la profession s’est modernisée dans sa pratique par la force des choses puisque la loi se complexifie. Il faut toujours plus de documents et il en faudra toujours plus.

Ça, c’est sur la forme, et sur le fond qu’en est-il ? Quel est le rôle d’un notaire en 2023 ?

Jonathan Roussel : Même si ça reste notre cœur de métier, les notaires ne font pas que des ventes immobilières ou des successions comme le pensent encore trop souvent les gens. Nous avons aussi un rôle de conseil dans des domaines assez larges : droit des affaires (constitution de société, achat ou cession de fonds de commerce…), droit rural (baux ruraux, définition des chemins de servitude…) ou encore droit de la famille (contrat de mariage, adoption, consentement à la PMA...).

Afin d’augmenter le nombre de professionnels et de libéraliser la profession, l’État a réformé les conditions d’accès au notariat en élaborant une carte d’installation avec un système de tirage au sort ?

Jonathan Roussel : Je pense que nous n’avons pas assez de recul encore aujourd’hui pour juger de la réussite ou non sur le long terme de cette réforme qui visait un meilleur maillage territorial. Après, dans les faits, oui, cela a effectivement permis l’installation de nouveaux notaires sur le territoire qui peut-être n’auraient pas eu la chance de pouvoir le faire sans cette loi.

Avant elle, il fallait passer par un concours annuel pour obtenir le droit d’ouvrir sa propre étude. Résultat : certains territoires manquaient de notaires. Donc oui, c’est plutôt une bonne chose après, contrairement à la problématique des déserts médicaux, la situation n’a jamais été alarmante. Sauf exception dans certains territoires, notamment ruraux, je n’ai jamais entendu parler de désert juridique.