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141e année

Aurélie Perez

La création, école de la patience

Aurélie Perez, fondatrice de Mintaka & Co, un café-boutique consacré au bien-être dont l’ouverture est prévue pour décembre 2021. DR

Un nouveau commerce est en passe d’ouvrir ses portes sur la place Occitane de Toulouse. Les rares curieux – ce n’est pas une artère passante – qui jettent les yeux sur cette devanture encore en travaux peuvent bien spéculer sur l’activité du futur magasin, il y a peu de chance qu’ils tombent juste. Et pour cause, l’activité de Mintaka & Co n’est pas courante, et n’existe pas à l’heure actuelle dans la Ville rose. La base est un salon de thé, avec une carte tournée vers le végétal, les plantes médicinales. Ce lieu de rencontre sera aussi un espace de vente, consacré au développement personnel, à l’ésotérisme, au bien-être, avec des livres, des bougies, des tisanes, de l’encens, divers objets réalisés par des artisans. Enfin, ce café-boutique a vocation à accueillir divers événements, conférences, ateliers créatifs, rencontres, initiations. Envie d’entreprendre, d’animer une structure, tournée sur l’humain, le spirituel, voilà qui résume le projet et l’envie d’Aurélie Perez, créatrice de Mintaka & Co.

« J’ai entamé une quête de soi. J’ai commencé par la maîtrise des émotions, avec de la méditation et de la sophrologie »

« S’agissant de l’ambiance, je l’ai conçue comme une maison, un espace professionnel personnel, un lieu à part où transparaît le côté magique, qui doit favoriser la créativité artistique, l’inspiration. Un lieu accueillant et bienveillant. » Un concept plutôt dans l’air du temps : ce qui pouvait être perçu comme des centres d’intérêt un peu farfelus et déconnectés de la réalité auparavant prennent aujourd’hui une autre dimension aux yeux du grand public. « Le contexte est favorable. Après le Covid, les gens sont en recherche de sens, remettent en cause leur vie, leur métier. Ce qui s’est passé a remis sur le devant de la scène les sujets comme la santé mentale, le burn-out. »

Attirée par l’entrepreneuriat

Titulaire d’un master obtenu à l’Iseg, école de marketing et communication à Toulouse, en 2016, Aurélie Perez s’est spécialisée dans l’événementiel et les relations presse. Diplôme en poche, elle devient gérante d’un espace de coworking en plein coeur de la Ville rose, Étincelle. « Je cherchais un cadre de travail QVT, qualité de vie au travail. J’avais envie de trouver quelque chose d’atypique, pas le genre de poste de chargée de communication dans une grande entreprise qui était mis en avant à l’école. J’étais aussi attirée par l’entrepreneuriat, mais je ne me sentais pas prête. » Ce premier job lui va comme un gant. Il s’agit d’animer un lieu, gérer des événements, faire du commercial, de la logistique, de la communication sur les réseaux sociaux. Les multiples facettes de ce boulot plaisent à la jeune femme, et l’aspect relationnel devient vite épanouissant. « Fréquenter des entrepreneurs au quotidien pendant trois ans m’a nourri pour l’avenir. »

Un futur qui commence à prendre forme à l’été 2019, quand germe le projet Mintaka & Co. « Quand j’ai fini mes études, je me suis rendu compte que le monde du travail comme je le concevais ne me correspondait pas. Au moment de chercher du travail, je me suis aperçue que j’avais suivi un chemin qu’on m’avait tracé, mais que ce n’était pas ce que je voulais faire. J’ai entamé une quête de soi. J’ai commencé par la maîtrise des émotions, avec de la méditation et de la sophrologie. » Son intérêt pour l’ésotérisme, le développement personnel croît avec les rencontres qu’elle fait dans l’espace de coworking. Aurélie Perez découvre les cartes, le tarot, la sorcellerie. Et fait un constat, qui sera une base de réflexion pour la suite : « Quand on s’intéresse à la spiritualité, souvent on ne trouve pas d’amis ou de membres de sa famille qui sont dans le même délire. L’idée du café-boutique c’est de créer un lieu simple pour entrer dans cet univers. »

Patience et persévérance

Aurélie Perez démissionne en décembre 2019 pour se consacrer à son projet. Quatre mois plus tard, la vie économique et sociale prend un coup d’arrêt spectaculaire et inattendu. « Quand le premier confinement a été annoncé, cela faisait deux mois que je bossais à fond, je voulais ouvrir avant la fin de l’année. Ça m’a mis un coup. » Mais pas question de lâcher l’affaire. « Depuis le début, j’ai confiance, je sens que ça va bien se passer. J’ai un peu le moral qui fluctue avec les annonces de nouvelles mesures sanitaires, mais je vois plutôt ça comme des opportunités de faire évoluer mon projet. » Ainsi, elle redéfinit le nombre de places pour les clients à l’intérieur du futur café, pour respecter les mesures barrières, et travaille sur le lancement de son site internet plus tôt que prévu.

« Je n’aurais pas pu aller plus vite, même sans confinements, avec les délais d’instruction du projet d’urbanisme »

Cette fameuse année 2020 réserve tout de même une bonne nouvelle pour Aurélie Perez, dont le projet est retenu par le réseau féminin professionnel Nénettes & Co. La jeune femme est sélectionnée pour un mentorat de six mois avec Amélie Ariaux, chef cuisinière. « Cela m’a fait du bien d’être accompagnée par une personne de la restauration, ça m’a aidé à structurer mon projet, à imaginer ma cuisine. » En novembre de la même année, alors que la France est de nouveau sous cloche sanitaire, Aurélie Perez trouve un local. Impossible d’ouvrir avant la fin de l’année, comme espéré, mais ça avance.

« Je n’aurais pas pu aller plus vite, même sans confinements, avec les délais d’instruction du projet d’urbanisme. » À l’été 2021, les travaux commencent enfin, l’ouverture est attendue pour début décembre. Après cette année et demie de galère, la gérante de Mintaka & Co est prête. Avant même d’avoir ouvert, elle a déjà de l’expérience. « Cela m’a beaucoup fait travailler la patience, la persévérance, la confiance, la foi en mon projet. On dépend des choix du gouvernement, ce sont des éléments que l’on ne maîtrise pas. J’ai appris à lâcher prise. »

Alexandre Wibart