Informations régionales économiques et juridiques
141e année

Daphnis et Chloé suivi de L’Après-midi d’un faune à l’affiche du Capitole

Danse. Une création mondiale et une entrée au répertoire pour le ballet de l’Opéra national du Capitole qui clôt ainsi sa saison en associant les danseurs, le Choeur et l’Orchestre national du Capitole.

Spectacle - Sortir - Danse - Capitole - Haute-Garonne - Toulouse
L’après-midi d’un faune chorégraphié par Thierry Malandain. (Crédit : Olivier Houeix).

Le ballet de l’Opéra national du Capitole et son directeur Kader Belarbi concluent la saison par une des plus belles œuvres de musique française, Daphnis et Chloé, une symphonie chorégraphique avec chœur, écrite par Maurice Ravel. Il s’agit en l’occurrence de la création mondiale du ballet chorégraphié par Thierry Malandain.

Thierry Malandain. (Crédit : François Berthier).

Roman grec attribué à Longus le Sophiste et probablement écrit entre la fin du IIe siècle et le début du IIIe siècle après J.- C., Les Amours pastorales de Daphnis et Chloé ont inspiré de nombreux ballets. La première fois que les deux protagonistes grecs apparaissent sur scène, c’est en 1747 dans l’opéra-ballet de Joseph Bodin de Boismortier, Daphnis et Chloé. Les personnages mythologiques gagnent en suite les ballets-pantomimes comme Daphnis de Jean-Baptiste Blache (1790), mais ce n’est qu’à partir de 1912, année de création du Daphnis et Chloé de Mikhaïl Fokine sur la partition éponyme de Maurice Ravel, que les deux jeunes adolescents de Lesbos deviennent des personnages chorégraphiques à part en tière. En 1912, Mikhail Fokine, chorégraphe attitré des Ballets russes, imprime ses choix esthétiques dans Daphnis et Chloé.


> LIRE AUSSI : Minute Papillons relance la photographie argentique de rue


S’inspirant de la Grèce antique, il introduit dans son ballet une gestuelle s’appuyant sur une étude historique de l’Antiquité, tout en imaginant un ballet de construction classique. Le ballet de Fokine ne parviendra pas à s’imposer car, présenté une semaine après L’Après-midi d’un faune, il sera totalement éclipsé par la création de Nijinski, annonciatrice de la nouvelle orientation esthétique des Ballets russes. Il faudra attendre la reprise du ballet à Londres, en 1914, ou celle de l’Opéra de Paris en 1921, pour mesurer combien, selon l’historien de la danse André Schaïkevitch, « cette oeuvre magistrale est à la hauteur de la musique qui l’accompagne, de cette mu sique dont elle est une souveraine et délicate transposition ».

C’est en suivant la voie de cet impressionnisme que Thierry Malandain évoquera, dans sa propre version, l’éducation sentimentale de Daphnis et Chloé. Selon lui, « l’oeuvre, merveilleusement douce et tendre, n’abandonne rien au plus facile, son absolu étant le beau comme l’Antique. »

En prélude à cette création, le Ballet du Capitole donnera L’Après-midi d’un faune, dans la version qu’en a donnée Thierry Malandain en 1995. Il s’agit pour la troupe du Capitole, d’une entrée au répertoire. Dans le répertoire chorégraphique, peu de pièces – Le Sacre du printemps mis à part – furent aussi avant-gardistes et choquantes que L’Après-midi d’un faune de et par Vaslav Nijinski. Créé le 29 mai 1912 au Théâtre du Châtelet, le Faune fit scandale, notamment parce que son esthétique toute nouvelle déconcertait un public avide de bonds spectaculaires.

UNE REPRÉSENTATION QUI SURPREND

En effet, les admirateurs de Nijinski s’attendaient à voir le danseur s’envoler dans ces sauts prodigieux dont il avait le secret. Or, il n’en fut rien. Nijinski, qui interprétait le Faune, avait appliqué à son ballet les attitudes qu’il avait relevées dans les bas-reliefs antiques : déplacements glissés, collés au sol, avec le corps de face et la tête de profil, gestes anguleux et ports de mains caractéristiques… Mais surtout, ce qui avait choqué et révolté une partie du public, dont Gaston Calmette, le directeur du Figaro, c’était la scène finale où le Faune assouvit son désir sexuel sur le voile volé à l’une des nymphes. Si la pièce eut des détracteurs, elle eut aussi des thuriféraires comme Jean Cocteau ou Auguste Rodin, pour qui Nijinski avait « la beauté de la fresque et de la statuaire antiques ».

Thierry Malandain retient principalement le désir du faune et l’expression de sa sensualité dans le rêve et le fantasme : « Le plaisir charnel étant au coeur même de l’oeuvre, mon Faune évolue dans un monde fantasmatique et sensuel. Sauf qu’il ne s’agit pas d’une créature légendaire, mi-homme, mi-bête, mais d’un jeune homme solitaire épanchant son désir au même souvenir flou de l’amour ».

À la Halle aux Grains les 26, 28, 29 et 30 juin. 05 61 63 13 13

Rédaction GdM