Levées de fonds : l’Occitanie rattrapée par le coup de frein du capital-risque
Financement. Longtemps citée en exemple pour la vitalité de son écosystème, l’Occitanie subit à son tour le net durcissement du marché du capital-risque. Selon le dernier baromètre In Extenso Innovation Croissance, la région enregistre en 2025 un recul marqué des levées de fonds, sur fond de recentrage des investisseurs vers les valeurs jugées stratégiques et la deeptech.
Dans un contexte économique et géopolitique de plus en plus tendu, il devient difficile pour les start-up et les PME de lever des fonds, et plus particulièrement en Occitanie. C’est ce que montrent les derniers chiffres du baromètre des levées de fonds publié le 14 janvier 2026 par In Extenso Innovation Croissance avec ses partenaires ESSEC Business School et France Angels, réseau de business angels.
Un constat d’autant plus inquiétant qu’en 2024, la région s’était montrée particulièrement résiliente. Pour rappel, alors que le marché du capital-risque à l’échelle de l’Hexagone et en Europe subissait une nette contraction, l’Occitanie affichait, elle, des montants et des volumes en forte hausse avec près de 406 M€ levés (+27 %) pour 51 opérations (+9 %). Un an plus tard, la situation est malheureusement tout autre.
De fait, à l’échelon européen, l’année dernière a été marquée par une hausse spectaculaire des montants levés à plus de 65,6 Md€ soit une progression de 21 % sur un an, grâce à un fort rebond du marché au second semestre. En revanche, le nombre de transactions enregistre un recul de 26 %, avec seulement 8 265 opérations recensées.
Un repli vers les valeurs sûres
La France suit sensiblement la même tendance avec près de 9 Md€ collectés l’an dernier (+25 %), pour un nombre réduit de levées de fonds : 709 au total, soit une chute de 37 % sur un an. Ces opérations se concentrent désormais sur un nombre restreint de start-up jugées stratégiques. Concrètement, les fonds en amorçage, désormais plus frileux, privilégient les valeurs sûres. Conséquence, le montant du ticket moyen en Europe comme en France s’en ressent : il grimpe respectivement à 7 M€ (+62 %) et 12,8 M€ (+100 % par rapport à 2024).
Pour Nicolas Forey, président associé d’In Extenso Innovation Croissance, cette évolution du marché marque ouvertement le début d’une nouvelle ère. « Cette polarisation consacre la souveraineté technologique et la deeptech industrielle comme priorités d’investissement, tout en fragilisant durablement l’amorçage et le renouvellement du pipeline d’innovation », estime-t-il.
Faire émerger les futurs leaders deeptech européens
Dès lors, le capital-risque n’est plus, selon lui, un simple baromètre conjoncturel, mais devient un révélateur des choix industriels et technologiques opérés à l’échelle de l’Europe. Et d’ajouter :
L’enjeu n’est plus l’abondance de capital, mais sa capacité à financer de manière cohérente l’ensemble de la chaîne, du seed au scale-up, pour préserver l’autonomie technologique européenne et faire émerger ses futurs leaders deeptech. »
Alors que les investisseurs se montrent de plus en plus sélectifs, les jeunes pousses ont dès lors de plus en plus de mal à trouver les financements nécessaires à leur développement. Et celles installées en Occitanie n’échappent à la tendance. Ainsi, l’an dernier, 47 levées de fonds ont été recensées dans la région. C’est 33 % de moins qu’un an auparavant. Les montants collectés s’effondrent dans la même proportion pour atteindre 233 M€. Le ticket moyen stagne à environ 5 M€, ce malgré quelques opérations phares.
Netforce, Infinite Orbits et U-Space, dans le trio de tête
Telle la levée de fonds opérée en mars dernier par l’héraultais Netforce qui se hisse ainsi sur la première marche du podium des plus importants tours de table du territoire. Spécialisée dans le développement de technologies d’application de la loi, l’entreprise de Mauguio a obtenu un engagement d’investissement stratégique de 45 M€ de GEM Global Yield LLC SCS, un groupe de capital-investissement et d’investissement alternatif.
Ces fonds doivent permettre à la jeune pousse fondée en 2021 d’accélérer la production et la commercialisation à l’échelle mondiale de l’E-stunGlove, le premier gant à impulsion électrique au monde, développé et breveté par Netforce. Une solution dissuasive « non létale » destinée à aider les forces de l’ordre à « désamorcer les situations critiques tout en minimisant les risques et en assurant la sécurité publique », indique la start-up dirigée par Laurent Mollinari. Laquelle vise des applications dans les domaines de la sécurité nationale, de la gestion des foules, de la sécurité événementielle, de la sécurité des prisons et de la sécurité des transports.
Sur les deuxième et troisième marches du podium régional des plus importantes levées de fonds de l’année 2025, on trouve deux deeptech toulousaines du domaine spatial. Infinite Orbits, pionnière du service en orbite géostationnaire, a réussi en novembre dernier à lever 40 M€. À la même date, U-Space, experte dans la conception et la fabrication de petits satellites modulaires, a, elle, clôturé un tour de table de 24 M€.
À noter que l’Occitanie fait moins bien que sa voisine Provence-Alpes-Côte d’Azur où les montants levés atteignent 257 M€ au profit de 34 opérations. Mais mieux que la Nouvelle-Aquitaine avec ses 26 levées de fonds (-63 %) pour un montant global de 63 M€ (-80 %). Seule Auvergne-Rhône-Alpes semble tirer son épingle du jeu. La région dénombre 78 opérations de levées de fonds (-34%) en 2025 qui ont permis de collecter quelque 556 M€ (+5 %) pour un ticket moyen d’un peu plus de 7 M€.