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141e année

Oh mon bateau ! La drôle d’idée de Vento-Sol

Agriculture. Vento-Sol développe, fabrique et commercialise des dispositifs pour le traitement des effluents phytosanitaires agricoles, dont un nouveau modèle basé sur le recyclage des bateaux en fin de vie.

concept Ecobang-Navy - recyclage - phytosanitaires
Le nouveau concept Ecobang-Navy lancé par Nicola Vento, fondateur de Vento-Sol.

Transformer un bateau de plaisance en cuve pour le stockage et le traitement des effluents phytosanitaires agricoles, l’idée peut paraître saugrenue. A priori seulement, car à écouter Nicola Vento défendre son concept, elle semble au contraire frappée au coin du bon sens. Le chef d’entreprise n’est pas un nouveau venu dans le domaine du traitement des effluents phytosanitaires agricoles. En 2010, à Castres, il a fondé Vento-Sol, une société spécialisée dans le développement, la fabrication et la commercialisation de dispositifs pour stocker et gérer ces effluents qui résultent des fonds de cuve, du rinçage et du lavage des outils de pulvérisation utilisés par l’agriculteur sur ses cultures. Afin de protéger l’environnement, ces eaux, qui contiennent des résidus de pesticides, doivent être traitées. Plusieurs solutions existent sur le marché dont celles commercialisées par Vento-Sol sous la marque Ecobang qui permettent l’évaporation de l’eau grâce à un système de ventilation forcée. Seul le résidu sec ainsi obtenu doit être éliminé. Pour ce faire, l’entreprise tarnaise a signé un partenariat avec Adivalor, la filière française de gestion des déchets phytopharmaceutiques professionnels.


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Si 90 % des clients de la TPE castraise sont des agriculteurs, ces solutions peuvent aussi satisfaire les besoins d’industriels pour la gestion d’autres types d’effluents aqueux, contenant des résidus de peinture, de colle ou contaminés par d’autres produits chimiques. Vento-Sol s’est fait une place sur le marché grâce à des solutions simples et économiques, depuis des kits jusqu’à des solutions clé en main, qui permettent de couvrir différents besoins, de 1000 à 6000 litres et bien au-delà grâce au sur mesure. La part de marché de la TPE castraise est encore réduite mais ne demande qu’à grossir, qui plus est depuis qu’une décision de la cour administrative d’appel de Bordeaux, en novembre 2020, a donné raison à l’entreprise contre le ministère de la transition écologique dans le litige qui l’opposait depuis 12 ans à l’administration.

Un contentieux aux répercussions économiques importantes : « La justice a considéré que notre dispositif Ecobang aurait pu prendre 20 à 30 % du marché agricole si le ministère de l’Écologie ne nous avait pas mis, à tort, autant de bâtons dans les roues ! Ce sont ainsi des milliers d’appareils qui auraient pu être commercialisés… nous permettant de devenir leaders sur notre marché », expliquait à l’époque Nicola Vento. Depuis les ventes décollent : de 89 K € en 2019, le chiffre d’affaires a grimpé à 123 K € l’an dernier, « et depuis le début de l’année, nous avons déjà vendu une quarantaine de dispositifs contre 50 sur toute l’année 2021 ». Le chef d’entreprise a recruté deux apprentis pour développer la communication et les ventes. Un réseau de distributeurs est déjà sur pied et s’étend désormais à l’Italie. La Suisse et la Belgique pourraient être les étapes suivantes.

ÉCONOMIE CIRCULAIRE

Le dirigeant propose aujourd’hui avec son nouveau concept Ecobang-Navy de faire des bateaux de plaisance enfin de vie des alternatives aux cuves de stockage, notamment celles de grande taille construites en aluminium et dont le prix a explosé depuis le début de la pandémie. C’est du reste pendant le confinement que cette idée lui est venue. En quête, sur le Bon Coin, d’une remorque-plateau pour le transport de ses cuves, Nicola Vento est tombé sur une mine : des propriétaires (beaucoup) qui vendaient leur remorque avec le bateau dessus, parce qu’ils souhaitaient s’en débarrasser. Le chef d’entreprise y a vu une opportunité.


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Un éco-organisme a d’ailleurs été créé par la Fédération des industries nautiques, l’Aper, agréé par le ministère de la Transition écologique et Solidaire, pour gérer la déconstruction et le recyclage des bateaux de plaisance avec un objectif de l’ordre de 5000 bateaux déconstruits par an. Cet énorme gisement de bateaux présente, selon Nicola Vento, de nombreux avantages s’agissant du stockage d’effluents contenant des résidus de produits phytosanitaires. « La résine de polyester qui les constitue est compatible chimiquement avec ces résidus. Ensuite ils sont étanches et il est facile de créer à l’intérieur une double paroi étanche elle aussi. » L’entrepreneur s’est alors rapproché de Bathô, une société nantaise spécialisée dans la transformation de ces vieux bateaux en habitats insolites sur la terre ferme, qui a déjà modifié un vieux bateau pour en faire une station d’aquaponie. Dans la foulée, un prototype de bateau-cuve a vu le jour. Testé pendant un an et demi, il a permis de vérifier la pertinence du modèle.

UN SOUTIEN DE POIDS

« Cela fonctionne très bien, avec des capacités d’évaporation très comparables aux cuves standards », pointe Nicola Vento. Le produit est désormais prêt. « L’Aper va nous aider à trouver des bateaux adaptés aux besoins, en termes de volume et de surface d’évaporation. Les premiers bateaux seront équipés à Nantes et par la suite, si le produit séduit, l’idée est de créer d’autres chantiers au plus près des besoins ». Reste à convaincre les agriculteurs et les industriels de sauter le pas. « C’est pertinent économiquement comme techniquement, assure Nicola Vento, d’autant qu’on peut imaginer plusieurs mises en œuvre : le bateau peut être semi-enterré, et donc se faire très discret, ou au contraire servir de support de communication. Actuellement, tous les agriculteurs qui utilisent des pesticides sont logés à la même enseigne, alors que je vois chez mes clients des professionnels qui se démènent pour bien travailler, pour réduire la quantité de pesticides utilisés et leur impact, etc., qui font des investissements lourds, mais personne ne le sait. C’est dommage. Plutôt que de cacher ce qu’ils font, l’idée c’est de le montrer, avec par exemple un bateau équipé d’une fausse voile pour afficher sa démarche. »

Présenté lors du forum de l’économie circulaire, l’Ecobang-Navy a capté l’attention du Conseil économique et social environnemental (Ceser) de la région Occitanie qui, dans un avis paru en avril dernier sur l’économie bleue, cite le dispositif. Le Ceser, dans cet avis, « souhaite qu’une filière de déconstruction de bateaux incluant la valorisation des matériaux puisse être développée en Occitanie ». Pile-poil ce que promeut Nicola Vento, pour qui « un soutien régional est important ».

Agnès Bergon