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141e année

La modernisation de la ligne SNCF Montréjeau-Luchon fait débat

Saisie pour avis par la direction départementale des territoires de la Haute- Garonne, l’Autorité environnementale (formation d’autorité environnementale du Conseil général de l’environnement et du développement durable) s’est réunie le 23 juin 2022 pour rendre un avis sur la modernisation de la ligne SNCF Montréjeau-Luchon (31-65).

Suspendue en 2014 suite aux dégâts générés par des intempéries, dans un contexte de vieillissement et de défaut d’entretien de l’infrastructure et n’offrant déjà plus qu’un aller-retour par jour, la reprise de l’exploitation de la ligne entre Montréjeau et Luchon (31) est portée par SNCF Réseau ; sa réalisation et sa gestion seront transférées à la Région Occitanie. Le projet vise à redynamiser le territoire et renforcer l’offre de transports en commun, en limitant les émissions de gaz à effet de serre. L’évaluation fournie démontre cependant que ce deuxième objectif n’est pas atteignable avec la motorisation diesel retenue pour les trains. Elle affirme que le recours à l’hydrogène permettrait d’y remédier, sans en apporter la démonstration ni en préciser les conditions et sans qu’aucun engagement ne soit pris en ce sens. Aucune comparaison avec une liaison par cars à motorisation électrique n’est produite. Pour l’Ae, les principaux enjeux environnementaux du territoire et du projet sont :

  • les risques naturels (chutes de bloc et surtout érosion torrentielle, ruissellement et inondations) et leur évolution du fait du changement climatique ;
  • les milieux aquatiques et terrestres, ainsi que la faune qu’ils hébergent, notamment des espèces et habitats particulièrement sensibles (desman des Pyrénées, frayères à truite fario, vautour fauve, vautour percnoptère) ;
  • les émissions de gaz à effet de serre et les ressources énergétiques ;
  • les nuisances pour les riverains (circulations, bruit).

L’étude d’impact et plus largement le dossier traitent de façon détaillée des travaux nécessaires à une remise en service de la ligne sans décrire ce qui relève de son exploitation et de ses possibles valorisations, sans s’inscrire dans une perspective plus large, ni s’assurer de la durabilité à long terme des aménagements et de l’exploitation dans un contexte de changement climatique. Le dossier porte sur un projet trop partiel pour répondre aux objectifs exprimés et dont l’appréciation des incidences et des coûts présente les mêmes limites. En outre, les incidences des reprises d’ouvrages sur le fonctionnement hydraulique d’ensemble de la Pique et de la Garonne dont la ligne suit les cours, et leurs conséquences sur les autres infrastructures (routières) présentes, ne sont pas évaluées. Les principales recommandations de l’Ae, outre celles relatives à la réduction de sa vulnérabilité aux risques naturels et plus largement au changement climatique, portent sur :

  • la compatibilité du projet avec le plan de gestion du risque d’inondation en vigueur et le schéma d’aménagement et de gestion (Sage) de la vallée de la Garonne ;
  • la revue des incidences ou le renforcement des mesures d’évitement et de réduction sur les eaux souterraines, les zones humides, les frayères à poissons, le vautour percnoptère, l’équivalence écologique des mesures compensatoires, ainsi que l’absence d’incidences du projet sur l’ensemble des sites Natura 2000 situés à proximité ;
  • les mesures prises pour éviter, réduire et si nécessaire compenser les émissions de gaz à effet de serre que le projet génère, les conditions à réunir pour approvisionner le chantier par voie ferroviaire, l’étude dans l’analyse socio-économique du scénario d’une électrification de la ligne et celui d’une motorisation à l’hydrogène des trains, le lien entre la ligne et le projet de territoire en cours d’élaboration.
Par Autorité environnementale, Conseil général de l’environnement et du développement durable