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« La transformation est à notre portée »

« L’été que nous venons de traverser, ajouté aux événements survenus depuis deux ans, peut nous avoir laissé une impression angoissante. Géopolitique, économie, climat : tout paraît en crise... »

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Il est vrai que nous faisons face à des défis considérables. Mais pourtant, tout n’est pas sombre dans l’horizon de cette rentrée. Il y a tout d’abord de nombreuses personnes de bonne volonté qui s’activent dans leurs champs respectifs, pour faire avancer les choses. Les enseignants en sont le meilleur exemple. Les entreprises, également, sont de plus en plus mobilisées face aux défis contemporains. Les Entretiens Enseignants Entreprises d’août 2022 sur le thème : « Environnement, climat, biodiversité : nos sociétés sont-elles compatibles avec la transition environnementale ? », ont été une nouvelle opportunité de nous interroger mutuellement, enseignants comme entreprises, à propos des grands enjeux contemporains et des meilleures manières d’y préparer les nouvelles générations.

Une société n’est pas une réalité statique. S’il est vrai que tout, dans notre économie et dans nos usages, n’est pas encore pleinement tourné vers l’amélioration de notre empreinte environnementale, la transformation est possible. Elle est d’ailleurs déjà authentiquement entamée et largement à notre portée. Cependant, il est clair que rendre plus propres nos pratiques de production, de consommation ou encore de construction, afin de préserver la biodiversité et de réduire les pollutions, demandera beaucoup de travail, et certainement du temps. Comment s’y prendre ? Le premier enjeu, c’est la volonté. Cela signifie, dans chaque entreprise, faire l’inventaire des problèmes à ré soudre et mettre en oeuvre avec détermination les solutions. Beaucoup existent déjà, d’autres sont à mettre au point. Le second enjeu, dans la plupart des secteurs, c’est donc l’innovation.

Dans le domaine de Veolia, par exemple, nous con naissons une bonne moitié des solutions techniques nécessaires pour améliorer et généraliser le traitement des déchets, la gestion de l’eau, l’efficacité énergétique des industries et des bâtiments, le recyclage des matières premières, et développer l’économie circulaire. Une petite moitié reste à inventer, ce qui est par ailleurs enthousiasmant. Travailler plus proprement aura ainsi nécessairement un coût. Même si c’est difficile dans une période où nous voyons grandir les problèmes de pouvoir d’achat, il faut reconnaître que dans certains domaines, le coût des biens et services augmentera. Mais corrélativement, la transformation des modes de production et de con sommation est également génératrice de nouveaux emplois, tant il est vrai que produire mieux, et de manière plus circulaire, nécessite un surcroît de travail.

Pour que ces évolutions soient techniquement possibles, économiquement viables et socialement acceptées, il est donc indispensable que trois conditions, au moins, soient réunies. Il faut, premièrement, miser davantage sur les entreprises. L’État ne peut pas tout, tout seul. Si nous voulons des innovations nombreuses et les généraliser de manière pérenne, il faut l’aide des entreprises et de l’économie de marché. Ceci n’est pas contradictoire avec le fait d’inciter les entreprises à poursuivre le travail entamé depuis plusieurs années pour mieux prendre en compte, dans la gouvernance, les objectifs et l’organisation, les intérêts de toutes leurs parties prenantes, des salariés aux clients, en passant par les investisseurs, les fournisseurs et les territoires. La seconde condition, c’est la responsabilisation des acteurs. Faire confiance aux entreprises sera d’autant plus efficace si elles disposent d’un cadre clair pour les inciter à agir de manière autonome.

C’est tout l’intérêt du principe pollueur-payeur, encore trop peu exploité aujourd’hui. Pour généraliser les comportements vertueux, il faut que polluer coûte plus cher que ne pas polluer. Si polluer coûte plus cher, les comportements de tous les acteurs économiques vont s’aligner rapidement. Il y a d’autres manières de trouver des moyens que les impôts pour financer les transformations de notre appareil de production. Nul doute que nos concitoyens sont favorables à ce que les entreprises se comportent de manière responsable. Mais, il y aura un impact à la hausse sur les prix. Car préserver l’environnement coûte plus cher que de polluer. Cette réalité incontournable introduira donc, d’une part, la nécessité d’un choix positif du consommateur et, d’autre part, d’une cohérence de marché. Pour éviter le dumping écologique, il faut que les produits et services qui sont autorisés à rentrer dans notre espace économique soient soumis à la même exigence que ceux qui y sont produits.

Si un produit n’a pas été produit dans les mêmes règles, il doit s’acquitter d’une redevance : c’est le principe de la taxe carbone aux frontières. La mise en place progresse, lentement mais sûrement, au niveau européen. La troisième condition de succès de la transformation environnementale, consiste donc à s’organiser en amont afin d’accompagner les plus modestes face à l’impact inévitable sur leur pouvoir d’achat. Sur ce point, ce sont aux pouvoirs publics de bâtir les réponses, peut-être en partie avec les revenus issus de la redevance carbone. Les difficultés de notre économie et de notre société sont réelles, mais elles recèlent de nombreuses opportunités que nous devons saisir, chacun à notre niveau.