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Les ETF, un succès populaire

Il faut remonter au début des années 90 pour voir le lancement du premier tracker de l’autre côté de l’Atlantique. La firme State Street, géant de l’asset management, lance son premier fonds qui réplique presque à l’identique le S & P500, le plus important indice boursier américain.

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Toujours en activité, ce véhicule pèse aujourd’hui 300Mds$ et la gestion passive aux États-Unis mais aussi en Europe ne cesse de se développer jusqu’à représenter un encours qui frôle 10000Mds$ début 2022. Les performances des fonds indiciels et les frais très faibles expliquent ce succès tant auprès des investisseurs particuliers que des institutionnels.

UN MARCHÉ CONCENTRÉ MAIS EN FORTE CROISSANCE

En 2021, les investisseurs ont investi pas moins de 1200Mds$, battant le record de l’année précédente qui s’élevait à « seulement » 735 Mds$. Ces investissements massifs dans les fonds indiciels proviennent d’abord des États-Unis qui concentrent plus de la moitié du marché des ETF entre les mains de trois principaux acteurs : BlackRock, State Street et Vanguard. Cette concentration se retrouve aussi en Europe où les grandes maisons américaines côtoient des acteurs locaux dont Amundi qui a récemment racheté Lyxor, l’ex branche ETF de la Société Générale, formant dès lors un poids lourd européen du secteur. L’appétence des Européens pour les trackers bien que forte reste plus mesurée qu’aux États-Unis avec une collecte de 160 Mds€ en 2021 pour un encours global de 1 400 Mds$, bien loin des 7 400 Mds du marché américain. Le marché européen des ETF a doublé de taille en trois ans avec la multiplication de l’offre autour d’indices « classiques » reproduisant les principaux indices boursiers du continent. Des acteurs de taille plus modeste ont aussi développé des trackers autour de thématiques porteuses en surfant notamment sur l’appétit autour, par exemple, des crypto-actifs ou encore du développement dura - blé avec la montée en puissance des fonds indiciels verts, ESG ou même ISR.

Pourtant, derrière les intentions louables des ETF « verts » se cache parfois un vernis purement marketing frôlant le greenwashing. Le régulateur européen soucieux de flécher l’épargne vers des placements durables a considérablement renforcé la législation autour du développement durable en imposant aux entreprises de publier des données extra-financières permettant de mesurer la réalité de l’impact des indices ESG et ISR. Les ETF comme les autres OPCVM sont désormais classés en articles 6, 8 et 9 permettant de mesurer leur degré d’investissement dans le développement durable avec un impact important dans la composition des trackers. Ainsi, les ETF classés articles 8 et 9 ont une approche sélective des valeurs plus fortes jusqu’à en exclure certaines pour répondre aux engagements de développement durable, comme pour répondre aux exigences du Label européen « Paris-Aligned Benchmark ». Cette stratégie bien que louable induit des biais et conduit à une exposition au risque plus élevé.

UNE PORTE D’ENTRÉE SUR LES MARCHÉS FINANCIERS

Les ETF en reproduisant à l’identique l’évolution d’un indice ne sont pas dénués de risque en étant soumis à la volatilité des marchés financiers. Certains investisseurs particuliers les utilisent comme support de trading. Une erreur à éviter. Les ETF répondent aux mêmes bonnes pratiques d’investissement que les autres fonds. Ils ont l’avantage de proposer une grande diversification en totale transparence avec des portefeuilles exposés sur de nombreuses valeurs. Il n’en reste pas moins la nécessité d’adopter une stratégie d’investissement à long terme en plaçant régulièrement des montants et quelles que soient les conditions de marché. Cette démarche est adaptée aux fonds indiciels car très accessibles. En effet, une part d’ETF répliquant le CAC 40 s’achète entre 5 et 40 €. Il faudrait investir entre 5000 et 6 000 € pour créer son propre indice CAC 40 à la valorisation actuelle. Ainsi, l’ETF se positionne comme un produit grand public.

C’est d’autant plus vrai que les frais appliqués sur les fonds indiciels sont très bas autour 0,2 % contre 1,5% pour un véhicule en gestion active tout en affichant des performances similaires voire souvent plus élevées. Le coût des ETF tend même à se réduire à mesure que l’offre s’élargit. La loi du marché semble parfaitement s’appliquer sur ce produit. Toutefois, dans la jungle de la gestion passive, les non-initiés doivent prendre garde aux publicités vantant les mérites d’un ETF avec une stratégie plus offensive ou basée sur des algorithmes qui affiche des frais plus élevés. Ces trackers s’avèrent souvent plus volatils et par conséquent plus risqués. Enfin, pour réduire le risque de liquidité, il est conseillé aux épargnants d’investir sur les « paquebots » avec une capitalisation importante.