Informations régionales économiques et juridiques
141e année

Stop à la mort des canaux !

Logistique. Face aux défis climatiques, la Commission européenne réaffirme régulièrement des objectifs ambitieux de développement du mode fluvial. Le report des flux de marchandises du mode routier vers le mode fluvial permet en effet de diviser par quatre les émissions de gaz à effet de serre.

Il permet aussi de diminuer les nuisances sonores, la pollution atmosphérique et l’insécurité routière générées par les flux de camions. Dans ce contexte un constat : avec 8500km de voies navigables, le réseau navigable intérieur français, le plus long d’Europe, est le moins utilisé. Le réseau français comporte 2400 km de fleuves et canaux à grand gabarit capables de recevoir des bateaux jusqu’à 4 400 tonnes de charge utile, 5 000 km de canaux au gabarit Freycinet conçus pour accueillir des bateaux de 350 tonnes de charge utile et 1000km de canaux et rivières à plus petit gabarit utilisés majoritairement pour la plaisance.

Si le réseau grand gabarit a vu son attractivité maintenue depuis 20 ans, ce n’est pas le cas de la majorité des voies navigables Freycinet et petit gabarit dont l’état, très dégradé, a conduit à une forte baisse des volumes de marchandises transportées. Les voies navigables sont aussi un vecteur de développement du tourisme. Les activités diverses qu’elles accueillent, transport de passagers, location de bateaux, péniche-hôtel et navigation de plaisance, jouent un rôle économique important dans des régions souvent éloignées des grands centres urbanisés, tout en offrant, particulièrement à la clientèle étrangère, une magnifique vitrine de la France. Mais cette vocation-là est, elle aussi, remise en cause par le manque d’entretien des canaux. L’essentiel du réseau à petit gabarit encore utilisé aujourd’hui a été construit au XVIIe siècle par Pierre-Paul Riquet (canal du Midi) et au XIXe siècle par Charles de Freycinet (réseau dit Freycinet). Cependant au XXe et XXIe siècles, ce réseau a souffert d’une insuffisance chronique d’investissement et d’entretien.

S’il est considéré encore aujourd’hui comme un patrimoine remarquable, de nombreux ouvrages d’art sont en mauvais état, les écluses et ponts-canaux fuient, les berges s’effondrent un peu partout. Les canaux s’envasent ce qui limite la capacité les bateaux et obère la compétitivité du transport de marchandises. La navigation y est de plus en plus souvent interrompue, et la plupart du temps pour de longues périodes. Si rien n’est fait pour stopper cette évolution délétère, à terme c’est la survie du réseau petit gabarit qui est menacée et son avenir se joue maintenant ! En effet le vendredi 30avril 2021 le ministère de la Transition écologique et Voix Navigables de France signaient un contrat d’objectifs et de performance de l’établissement public qui va déterminer pour les 10 prochaines années l’évolution du réseau fluvial. Les budgets d’investissement inscrits sont très insuffisants par rapport aux besoins de régénération du réseau fluvial et petit gabarit.

En outre les futurs niveaux de services envisagés pour ce réseau inquiètent fortement les usagers. Il apparaît qu’un certain nombre de canaux qui sont les seules voies d’eau à relier les bassins à grand gabarit avec le réseau européen, risquent de voir leur mouillage réduit de 2,20 m à 1,60m. La conséquence en serait la baisse considérable des capacités de chargement des péniches Freycinet, condamnant à terme le transport de marchandises sur ces canaux, et une forte limitation des secteurs navigables pour les péniches-hôtels. En outre, le passage de ces bateaux permettant de limiter l’envasement et la prolifération des plantes invasives, la baisse de ces trafics aggravera les difficultés de navigation des bateaux de plaisance.

De telles décisions de réduction des niveaux de services peuvent donc affecter à la fois le fret, la plaisance et le tourisme et conduire à terme à la désaffection des canaux, puis à leur fermeture. Nous appelons les pouvoirs publics, au plan national et dans les territoires, à mobiliser les moyens nécessaires au maintien et à l’entretien de chaque canal ou rivière navigables du réseau français afin de préserver les opportunités futures de transport fluvial et permettre le développement du tourisme fluvial et des activités économiques induites au bénéfice des territoires.

Par un collectif qui réunit autour d’Agir pour le fluvial 32 acteurs de la voie d’eau